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Une soirée pas parfaite du tout

Ma Luce bien aimée,

Une semaine après avoir fait péter le champagne, nous voilà de nouveau mercredi, et le constat est aussi cruel qu’imparable : pas de Nouvelle Star ce soir sur M6. J’ai beau scruter mon programme télé, rien à faire : ce soir, ce sera Un dîner presque parfait. Un dîner presque parfait ! Un dîner presque parfait…

Un dîner presque parfait ? Non seulement je n’en ai rien à secouer, mais en outre… quelle déchéance de nous proposer un simple dîner « presque parfait » (donc un dîner qui laisse forcément à désirer), alors que jusqu’à présent, nous avons eu droit au plus brillant, au plus rutilant, au plus excitant des spectacles, qui s’est terminé par la perfection absolue, à savoir ta victoire !

Un dîner sans Maïté est un dîner raté.

J’ai beau scruter les sites spécialisés, interroger mes informateurs, consulter les astres… aucune info sur ce que tu vas chanter ce soir, à Baltard. Et ça me fait drôlement bizarre, vois-tu ? Finalement, je ressens les choses un peu comme toi. De même que tu ne réalises pas encore tout à fait que tu es la nouvelle star 2010, et que tu as l’impression que tu es juste retenue pour le prochain prime, j’ai, moi aussi, bien du mal à concevoir que la Nouvelle Star est terminée et que tu ne chanteras pas ce soir. Pas de prime, pas de Baltard, rien, que dalle, le vide absolu, le désarroi complet, l’ennui, le néant, la boîte crânienne à Johnny.

Baltard désespérément vide...

Misère ! Non seulement je peine à croire qu’il n’y aura pas de Nouvelle Star ce soir, mais surtout, je pleure à l’idée que je ne te verrai pas. Que je ne découvrirai pas de nouvelle chanson de toi. Que ton sourire ne m’apportera pas mon shoot hebdomadaire habituel, sans lequel je ne peux guère vivre.

Il ne me reste plus, pour l’heure, qu’à continuer à t’écrire, ô ma Luce, pour te dire encore et encore mon amour et épaissir l’écheveau des petits liens que nous avons tissés, toi et moi. Car je t’aime, tu le sais bien, et, fidèle à mon premier serment, je ferai tout pour atteindre mon but, mon dessein, mon destin : t’épouser, Luce.

À toi, amoureusement.

Merde !

Ma divine Luce,

Plus que vingt-quatre heures avant la finale, et, si tout se passe comme je le pressens, ton sacre comme nouvelle star 2010. Nul besoin de te dire combien je suis tendu et impatient, combien mon cœur palpite à l’approche de ce dernier prime à Baltard ! Je te regarderai, bien sûr, à la télévision, en compagnie d’une brochette d’amis qui, je l’espère, sauront prier aussi bien que moi pour que tout se passe pour le mieux pour toi.

En attendant, j’ai passé cette journée à te croiser. J’ai cru te reconnaître dans la rue. J’ai pensé à toi en lisant le journal Métro, qui consacrait, aujourd’hui, une double page à Michael Youn, et une autre à la Catalogne : il paraît que cette année, c’est l’année de la Catalogne en France – tu m’étonnes ! Je suis passé du côté de Montparnasse, pour aller visiter, notamment, le musée Bourdelle. J’ai vu, juste à côté, un restaurant avec une enseigne à moustache. Bref, tu étais partout !

Plus que vingt-quatre heures, donc, avant le résultat des votes. Un seul mot s’impose, que je te lance à pleins poumons, aussi fort qu’un cri de joie et d’amour : merde ! Merde, re-merde et triple merde !

À toi, amoureusement.

J'ai rendez-vous avec Luce

Ma p'tite Lu,

Ce soir, j’ai rendez-vous avec toi, Luce. Non pas en vrai, hélas ! Nous ne nous retrouverons pas dans un de ces charmants bars parisiens pour siroter une bonne bière bien fraîche ou un mojito. Dans l’attente du jour où nous nous verrons réellement, je me contente de te retrouver, comme chaque mercredi, sur mon écran de télévision.

Ce n’est pas un mince bonheur, et même si je sais bien que nous sommes des millions à regarder la Nouvelle Star, j’ai toujours un peu l’impression que toi et moi entretenons quand même un rapport particulier. Étrange sensation ! Je sais bien que tu ne peux me voir, malheureusement, mais mon petit doigt me dit que tu as au moins une petite pensée pour moi, à Baltard. Quant à moi, je me réjouis de te voir, de retrouver ton beau et doux visage, tes sourires, tes grimaces, tes mimiques, avec de nouvelles expressions, et je vais te dévorer des yeux.

J’ai rendez-vous avec toi, Luce, et je ne prends pas la chose à la légère. « Quand une femme qui me plaît me fait demander au téléphone, je me donne vite un coup de peigne avant d'y aller », disait Sacha Guitry. Comme il avait raison ! Est-il besoin d’une présence physique pour se faire beau pour un rendez-vous ? Que nenni !

Des canapés maison à grignoter sur le canapé.

Alors, comme chaque mercredi, je me prépare pour être digne de ce rendez-vous. Tout commence le matin, dans ma salle de bain. Je me fais un petit gommage du visage, afin d’avoir la peau souple, douce, détendue pour toute la journée. Je me rase soigneusement et brosse délicatement ma moustache. Le soir, quand je rentre chez moi, les préparatifs vont bon train. Avant toute chose, je prépare un plateau télé, afin de pouvoir manger en toute tranquillité devant mon poste. Et comme je ne vais quand même pas me contenter d’un vulgaire sandwich, je confectionne des petits toasts, délicats, raffinés, délicieux, selon la recette que m’avait apprise ma grand-mère, qui était restauratrice et spécialiste ès canapés. Préparés à l’avance, disposés sur un plateau, ils seront dégustés pendant le prime, accompagnés d’une bonne bière ou d’un vin blanc bien frais. Comme tu peux le voir, je suis un fin cuisinier... et donc un homme bon à marier !

Ensuite, je fais un brin de ménage, pour t’accueillir dignement dans mon salon. Un coup d’aspirateur, un peu de rangement, sans oublier le dépoussiérage de mon écran de télévision. Je choisis le fume-cigarette qui va m’accompagner durant cette soirée – comme tu le sais, si tu as lu mon interview, je collectionne les fume-cigarette ! –, je le nettoie, pour qu’il soit impeccable. Je remplis mon briquet d’essence, je prépare mes cigarettes et un beau cendrier. La boisson est au frais.

Un de mes fume-cigarette préférés, pour fumer avec élégance.

Tout est prêt. Alors je file sous la douche, pour me rafraîchir, être tout beau, tout propre ! Un peu de crème hydratante. Un soupçon de parfum. Ce soir, ce sera Acqua di Gio, d'Armani. Une belle chemise propre et bien repassée. Me voilà prêt ! Pour notre rendez-vous...

Ce soir, tu vas chanter deux chansons. J’en suis tout excité. Je ne sais pas, aujourd’hui, quels sont les titres que tu as choisis – ma source habituelle a fait défaut ! Mais je ne doute pas que ces deux chansons, quelles qu’elles soient, m’apporteront deux intenses moments de plaisir. Deux moments orgasmiques. J’espère qu’il en sera de même pour toi. À tout à l’heure, ma Luce !

À toi, amoureusement.

En attendant le Baltard de Luce de la Nouvelle Star

Chère Luce,

Plus que quelques heures avant que tu quittes ton hôtel parisien pour rejoindre le pavillon Baltard ! Je suis déjà certain d’une chose : quelle que soit la chanson que tu as choisie d’interpréter, tu vas me surprendre, m’enchanter, me séduire une fois de plus. Je suis impatient, et je compte déjà les heures qui nous séparent de cet instant magique où, d’une certaine façon, nous allons nous retrouver : moi devant mon poste, et toi dedans, avec, entre nous, un simple écran de verre. C’est formidable, la télévision ! C’est un peu frustrant, aussi, car si je pourrai, moi, te dévorer des yeux tout à ma guise, toi, tu ne pourras pas me voir. Quand j’étais un enfant, je ne comprenais pas ce sens unique de la télévision, et j’étais persuadé qu’une personne que je voyais sur l’écran pouvait également me regarder. Cela me paraissait évident. Peut-être as-tu éprouvé la même illusion, quand tu étais petite ?

Déjà, je m’interroge sur ce que tu vas chanter. Sera-ce un titre de Serge Gainsbourg, que tu déclares tant aimer ? Tu aurais bien raison, tant cet artiste est unique et révolutionnaire dans le paysage de la chanson française. Ce serait un excellent choix ! Plein de titres me viennent à l’esprit, comme Bonnie and Clyde, Harley Davidson, Comic Strip, Dieu est un fumeur de havanes, Mon légionnaire… Ou, pourquoi pas ? La Gadoue, chanson écrite pour Petula Clark, et que je trouve particulièrement réjouissante. J’adorerais !

Sais-tu, Luce, que nous avons des goûts musicaux assez proches ? J’ai lu que tu aimes Serge Gainsbourg, Catherine Ringer, Les Beatles, Mathieu Chedid, Iggy Pop. Moi aussi ! Et de même, je ne crache pas sur des artistes un peu plus simples, mais entraînantes et plaisantes à écouter, comme Sophie Ellis-Bextor, que tu écoutais en boucle lorsque tu étais au collège. J’aime aussi beaucoup la musique de la Renaissance ou baroque, le bon vieux jazz des années 1930 – ah, quelle époque ! –, de très vieilles chansons françaises improbables voire complètement dingues (Rina Ketty, Damia, Georgius, Polaire, Yvette Guilbert), les bons classiques du rock (David Bowie, les Rolling Stones…), la soul et surtout le funk (putain, le funk ! J’adore ça !), et quelques bonnes musiques électro, genre Daft Punk, la french touch, toussâ. Et puis sans doute beaucoup d’autres choses auxquelles je ne pense pas, là, maintenant. Ah si ! J’aime Boris Vian, Caterina Valente (c’est poilant), Gérald Genty, Jacques Dutronc, Mathieu Boogaerts, Ray Ventura (trop marrant !), Suzy Delair (si elle avait un peu plus jeune, je serais bien tombé amoureux d’elle, aussi, tiens). Voilà pour la chanson française. Sinon, je kiffe grave les Scissor Sisters, et je suis tout émoustillé de savoir qu’un nouvel album va bientôt sortir.

Tu vois, ma petite Luce, peu à peu, je me dévoile, et tu apprends des choses sur moi. Tu connais dorénavant une bonne partie de mes goûts musicaux, et je suis sûr qu’il y a des choses, là-dedans, que tu ne connais pas, mais que tu pourrais aimer, comme Georgius. Faudra que je te fasse écouter, un jour, Du persil dans les narines. Tu verras, c’est bath.

À très bientôt ma Luce, et merde pour ce soir !

À toi, amoureusement.