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Le dernier “déluce”

Ma Luçounette adorée,

Le suspense est insoutenable. Plus que quarante-huit heures avant le grand saut, le dernier prime, et l’ultime vote des téléspectateurs qui devrait, à mon avis – bien que je me demande si c’est raisonnable –, te consacrer nouvelle star de l’année 2010. J’imagine qu’à l’heure où j’écris ces lignes, tu dois être enfermée dans ton hôtel, afin de fignoler tes chansons de mercredi. J’imagine que Nathalie Dupuy te coache à fond ; que Florian te coache à fond ; et que toi, tu coaches à fond François pour le réconforter et lui assurer que c’est lui qui va gagner.

À l’heure des vuvuzelas, dont on ne cesse de parler depuis quelques jours, nul doute que ce sont, pour toi, les trompettes de la renommée qui ne vont pas tarder à retentir. Et, pour moi, une certaine appréhension grandit de jour en jour. Qu’en sera-t-il de nous deux une fois que la Nouvelle Star sera terminée ? Certes, je continuerai à t’écrire. Mais auras-tu encore le temps de me lire ?

Gloire à Luce !

Joie, joie, joie ! Ne boudons pas notre plaisir. Tu es en finale, oh Luce ! Quelle aventure extraordinaire, n’est-ce pas ? Remonte le temps, jusqu’au moment où tu es arrivée au casting de Marseille, pour amuser le jury avec ta jolie moustache et gagner ta place au sein des « inoubliables ». Si l’on t’avais dit, à ce moment précis, que tu irais au théâtre, puis à Baltard, et jusqu’en finale… L’eusses-tu cru, Luce ?

Alors, comme nous sommes lundi, le dernier lundi avant ton dernier prime, l’envie me vient de te proposer, une nouvelle et dernière fois, un déluce. Je l’avais mis de côté ces dernières semaines, car j’avais noté que tu n’avais quasiment plus aucun espace de parole dans l’émission. Toi comme les autres candidats, d’ailleurs. Mais mercredi dernier, j’ai remarqué que vous avez de nouveau le temps et l’occasion de vous exprimer après chaque chanson ! Alors, pour finir cette saison en beauté, oseras-tu relever, ma Luce, un dernier défi ?

L'amour est un bouquet de violettes une drogue dure.

« Tu es ma came », pourrais-je dire, à l’instar d’une célèbre chanteuse s'adressant à son mari. Oui, Luce, tu es ma schnouf, mon amphétamine, mon LSD, mon petit champignon ha-Luce-inogène, mon héroïne absolue. Toujours stupéfiante, tu me procures des extases sans fin. Alors, pour ce dernier mercredi soir à Baltard, je te propose, Luce, de prononcer, quand bon te semblera, le mot « drogue ». Allez, je compte sur toi !

À toi, amoureusement.

Luce, dois-tu gagner “la Nouvelle Star” ?

Ma Luce de mon cœur,

J’ai eu, ces derniers jours, moins de temps que d’habitude, hélas, pour t’écrire. Mais comme aujourd’hui c’est dimanche, je t’écris de nouveau, quelques heures à peine après cet aimable babillage, pour te confier quelque chose de beaucoup plus sérieux. C’est que j’ai un aveu à te faire, Luce. L’aveu d’une question qui me taraude depuis quelques semaines, et il devient urgent que je t’en parle, car bientôt, il sera trop tard.

Dois-tu, ou pas, gagner la Nouvelle Star ? Plus qu’une question, c’est un dilemme. Un dilemme cruel, un dilemme cornélien, un dilemme terrible ! Ce que tu penses de cette question, de ton côté, je ne saurais le dire. Toi qui es arrivée dans ce jeu par défi, toi qui t’es retrouvée propulsée à Baltard presque malgré toi, toi qui ne t’es jamais vue remporter ce trophée tant convoité par d’autres mais pas par toi, toi qui es si sensible, si fragile, toi qui pleures après le départ de chacun de tes camarades, toi qui as tant de mal à accepter ton talent, toi qui sembles si attachée à la profession à laquelle tu te destines – infirmière –, eh bien je présume que ton arrivée en finale, et la possibilité de la remporter, doivent te travailler pas mal – c'est sûrement un euphémisme !

Luce, toujours si simple, si naturelle, si modeste !

Cela dit, de mon côté, et un peu égoïstement, je le concède, j’ai ma propre idée sur la question. Ou, plutôt, plusieurs idées, qui se contredisent et me tirent dans tous les sens. Les arguments ne manquent pas pour que tu gagnes la Nouvelle Star. Ceux pour que tu la perdes, non plus.

Si tu remportes la finale et devient la nouvelle star 2010, Luce, ce sera, évidemment, un événement formidable, et tu bénéficieras d’une couverture médiatique durable, qui me permettra de continuer à te voir et à t’écouter, sans doute tout au long de l’été, au moins. J’envisage avec appréhension la fin de la Nouvelle Star, car elle sonnera, pour moi, celle de mes mercredis soir enchantés. Si tu gagnes, je pourrai te retrouver sur mon écran de télévision pour encore longtemps.

Par ailleurs, une fois que tu auras enregistré ton album, et que tu auras décroché trois disques d’or, tu auras plein de sous ! Je ne suis pas, bien entendu, intéressé par l’argent. Mais si tu deviens riche, et lorsque tu décideras, enfin, de m’épouser, nous pourrons, pour notre mariage, louer cette si belle salle que j’ai repérée. Bien que je gagne à peu près correctement ma vie, mes seules finances ne suffiraient pas, hélas, pour couvrir de tels frais. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il contribue à pouvoir s’offrir certains plaisirs !

Le fric, c'est quand même chic.

Enfin, après ta victoire, tu resteras encore longtemps, je présume, à Paris, où je réside moi-même. Cela nous sera plus facile pour nous rencontrer, lorsque tu estimeras le moment venu. Alors que si tu dois retourner à Montpellier dare-dare, ce sera plus problématique. Et puis les amours à distance, franchement, je ne suis pas fan. Je pourrais, me diras-tu, déménager moi-même et m’installer à Montpellier – qui est, d’ailleurs, une ville que je connais bien, où j’ai vécu un an. Mais mon métier actuel, Luce, correspond à un marché essentiellement parisien ! Je risque fort, une fois à Montpellier, de ne pas retrouver de travail, et donc de m’ennuyer ferme.

Mais, mais, mais. Mais si tu gagnes la Nouvelle Star, oh ma Luce, qui sait ce que l’avenir va te réserver ? Une vie de star, des concerts à n’en plus finir, des sollicitations de toutes parts… Tu risques, je le crains, de devenir moins accessible pour le commun des mortels que je suis, et que je tiens à rester. Et même si nous sommes ensemble… Moi qui suis si discret, attaché à ma vie paisible et sereine, pourrai-je accepter ou supporter l’inévitable intérêt que tous les vautours de la presse people attacheront à tes amours, donc à moi ? Je ne suis pas fait pour les paparazzi, ni pour les caméras, et je crains qu’il soit particulièrement difficile, dans ces conditions, de protéger notre vie privée.

Les photographes sont des vautours qui ne respectent rien.

Ensuite, cette vie de star, avec tous ses remous, ses excès, ne risque-t-elle pas de t’entraîner dans un tourbillon perturbateur ? Oh, je sais bien que tu es forte de caractère, mais quand on voit ce qui arrive, d’ordinaire, aux rock stars, nul ne saurait rien garantir. Jusqu’à présent, tu es restée merveilleuse de naturel. Mais avec le succès viennent souvent la perte de repères et tous ses corollaires : l’alcool, la drogue, le sexe débridé, le saccage des chambres du Ritz, les photos à poil en couverture de Playboy, les planques à Copacabana – pour fuir les paparazzi, mais en général ça marche pas –, etc. Te retrouverai-je telle que tu es ? Te donneras-tu à moi telle que tu es ?

Enfin, tu seras si peu disponible, et tu mèneras une vie si chaotique – entre les tournées internationales, les soirées de promo chez Ruquier ou Nagui, les cures de désintoxication en Suisse –, que nous aurons peut-être bien du mal à mener, toi et moi, une vie de couple épanouie. Aurons-nous du temps pour nous ? Pour sortir tous les deux, en amoureux ? Pour nous balader le long des quais de Seine, main dans la main ? Pour faire la fête ? Pour roucouler tranquillement sous la couette le dimanche matin ?

L’incertitude me nargue et l’angoisse m’étreint, Luce. Qu’en penses-tu ? Dois-tu gagner la Nouvelle Star ? Ou pas ? Jour après jour, je me tords la cervelle avec cette question. Mais – va savoir pourquoi ? – une chose est sûre : je sais déjà pour qui je vais voter, mercredi prochain.

À toi, amoureusement.

L'interview de Luce dans “Voici”

Ma Luce d'amour,

« Un mot de toi : quel bonheur ! Nous nous écrivons, c’est d’un chic ! par journaux interposés. Pour un peu, je me dirais que tu écris dans Le Nouvel Observateur et que j’écris dans Le Figaro pour le seul plaisir de correspondre entre nous. De temps en temps, bien sûr, nous faisons semblant de nous occuper un peu d’autre chose. Mais nous revenons toujours l’un à l’autre. (…) Ce qui compte, ce sont les lettres ouvertes que nous nous envoyons à l’ébahissement des populations et sous leurs acclamations. »

Ainsi s’adressait, dans Le Figaro du 22 août 2001, Jean d’Ormesson – le pote à Julien Doré – à son confrère Bernard Frank. Bernard Frank écrivait dans Le Nouvel Observateur, et Jean d’Ormesson chroniquait au Figaro. Les deux farceurs s’adressaient l’un à l’autre, par articles de presse interposés, ce qui ne manquait pas de piquant !

Le groupe de Julien Doré überkiffe Jean d'O.

Quelle n’est pas ma surprise, ô ma Luce, de constater que nous prenons le même chemin ! Tandis que je m’adresse à toi via mon blog, ne voilà-t-il pas que tu me réponds par le truchement de l’interview que tu as accordée au magazine Voici. « C’est d’un chic ! »

« Il y a un garçon qui s’appelle Hector Moustache sur Internet avec lequel je communique. Il est éperdument amoureux de moi ! Je ne sais pas qui c’est, j’aimerais bien voir sa tête. Il me lance des "déluces" avant chaque prime… Des petits défis. L’autre fois, il fallait que je dise "Joie, joie, joie" au moins une fois. Et je lui ai promis un autre truc : le jour où je me fais éliminer, je sors un crayon noir du soutif, et je me redonne un coup de moustache. »

Voilà Luce qui parle de moi dans Voici !

Je suis bien flatté de cet intérêt que tu as osé me manifester et exprimer par cette voie détournée. Mais surtout, terriblement amusé, et tendrement reconnaissant. Comment ne serais-je pas heureux de constater que je suis suffisamment entré dans ta vie pour que tu déclares mon existence et ta curiosité à près de 450 000 personnes ? Je crains que nous ne puissions toutes les inviter à notre mariage – la salle que j’ai repérée est trop petite –, mais je suis tout émoustillé à l’idée que tu rendes mon – notre ? – amour public auprès de tant de monde.

Mais je suis fort étonné, aussi, d’apprendre que tu m’aurais promis de « sortir un crayon noir du soutif » pour « te redonner un coup de moustache » le jour de ton élimination ! Car cette promesse, je ne l’ai jamais entendue, jamais lue, jamais vue où que ce soit. Aurais-tu inventé cette idée au moment de ton interview ? L’aurais-tu confiée à quelqu’un d’autre que moi ? Est-ce une nouvelle adorable espièglerie de ta part ?

De l'audace, encore de l'audace, et de la moustache !

Quoi qu’il en soit, je te prends au mot ! Bien que je doute fort que tu sois éliminée – car il se trouve qu’en dehors du fait que je t’aime, je suis depuis longtemps convaincu que tu vas gagner la Nouvelle Star –, eh bien si cela doit arriver… chiche ! Et même… pourquoi pas le soir de ta victoire ?

En attendant le dénouement de cette affaire, de même que Jean d’Ormesson terminait sa chronique à Bernard Frank par un « Je t’embrasse, mon grand ! », je dépose sur tes lèvres un tendre, langoureux et fougueux baiser.

À toi, amoureusement.